PREFACE
POUR OUVRIR LE REGARD UNE APPARENCE INVITE NOS SENS
Un idéal de liberté individuelle, une recherche d’harmonie à
travers un naturalisme millénaire et l’équilibre des contraires, une communion avec les énergies cosmiques, définissent l’envie d’effleurer les principes du tao.
Cet espace, dans une approche en image de cette philosophie, nous
invite en paradoxe à rompre avec la logique, à briser le sens des mots, et à jouer en oxymore.
Nous entrons en témoins privilégiés dans un ouvrage consacré aux
passions d’un homme. Sa passion pour un art, la création d’images, et sa passion pour une femme, son épouse, Caroline.
Ce voyage est une invitation au regard à entrer en intimité avec le
faiseur d’images. Une intimité plurielle, née de la rencontre entre deux regards, et deux désirs.
Sur ces chemins de l’errance, certainement l’image se suffit à
elle-même. Mais dans une démarche artistique, elle se fait aussi invitation à la réflexion afin de chercher l’essence d’une substance au-delà des apparences et des
évidences.
C’est arrêter notre regard et solliciter notre faculté
d’observation.
La beauté n’est plus une finalité extrinsèque mais plutôt le point
de départ d’une réalité intrinsèque, celle de l’artiste, celui de son regard esthète.
C’est éduquer l’œil dans une dualité contradictoire du sensible et
de l’intelligible.
LA COHERENCE EN PARADOXE
En tournant les pages de ce beau livre d’images, c’est la réalité
d’un artiste qui nous est contée, son univers intérieur à travers les morceaux de vie qu’il livre par l’image.
Que nous est-il donné de voir ?
Quand l’image tend à l’abstraction, que voit-on au-delà de la
réalité de son auteur : lui-même, dans une schizophrénie par l’image certainement.
Rencontre avec Franck Olivas…
Se définissant comme un « égoïste généreux », la solitude
de la création s’accompagne d’un besoin de partage : une complémentarité des opposés très liée à sa personnalité.
Pour celui qui a la prétention de l’exigence, le doute, au service
d’un perfectionnisme obsessionnel, est à la fois moteur de la création et catalyseur de la réaction artistique.
Mais le doute permet aussi l’humilité indispensable dans un rapport
sincère avec l’image et certainement pour lui d’atteindre un absolu.
UNE MANIFESTATION
SUBLIMEE DU DESIR
Dans le jeu des pensées du photographe, le corps n’est pas
seulement dévoilé, il se fait objet de désirs, une complicité de désirs où l’esthétisme est au service d’un érotisme discret : une invitation à entrer tout en discrétion dans l’intimité
sensuelle de cet homme. Le modèle s’abandonne au nu, reçu comme une offrande par l’artiste. De la sincérité des images naissent retenue et délicatesse et bannissent toute
vulgarité.
Habillée ainsi de pudeur, l’image d’un Eros assumé, jouit de l’œil
possessif, amoureux et fantasmé de son auteur.
A travers ce réseau de regards naît la jouissance esthétique, celle
de l’émotion en image…
MATIERE A CREATION
Entre ombre et lumière, de vide en plein, l’image à travers
l’infini de l’espace et du temps, se joue là encore des contraires.
A partir d’une réalité graphique, le travail de la lumière impose
une dynamique à l’image. Dans le choix de valorisation qu’elle a permise, la lumière inscrit le modèle dans une atmosphère onirique. Un symbolisme en image où le détail relevé ne crée pas de
précieuses allégories mais fait ressentir de subtiles affinités, c’est-à-dire la tendance pour ce corps à se combiner avec son environnement.
L’espace se fait donc aussi matière, tour à tour contenu et
contenant dans lequel s’inscrit et interagit le corps. L’image tend une nouvelle fois à l’abstraction, lorsque de la plénitude du vide naît l’effet.
AU COMMENCEMENT
IL Y AVAIT L’IDEE
Aristote disait que l’homme à une main parce qu’il
pense.
Comment en effet parler de ces images sans en expliquer la genèse,
non pas en amont (par l’acte photographique), mais en aval, en s’aventurant sur les chemins de la création.
A la bas de ce travail, il y a la volonté de fonder la réflexion
sur un modèle de pensée simple, toujours dans un raisonnement énergétique, avec comme choix artistique le nu, et le noir et blanc.
La création est le fruit d’une véritable réflexion mais aussi d’une
complicité entre le modèle et le photographe… Une collaboration nourrie de confiance, de respect de l’intimité, de sentiment amoureux aussi.
Cette démarche s’inscrit dans le temps : à la fois
représentation et construction de l’esprit, l’image est une sensualité intellectualisée si l’on peut dire, où chaque élément a son importance.
De l’idée naît le concept, de la photographie naîtra l’image après
quelques mois de réflexion. Un recul nécessaire à la décantation afin d’obtenir l’image sensible.
La photographie est un artisanat d’art… Un artisanat qui prend
corps lors du tirage ; une nécessité autant qu’une contrainte que s’impose l’artiste.
En nommant ses œuvres, l’auteur leur offre une nouvelle dimension.
Dans un jeu d’esthétisme sémantique, il livre à notre libre interprétation, des titres énigmatiques ou poétiques. Parfois le langage de l’image s’accompagne des mots, une poétique de l’art qui
s’inscrit dans la démarche créatrice. Des textes qui ne sont pas à enfermer dans un sens restrictif, à chacun selon sa propre sensibilité de leur donner un sens : une intersubjectivité entre
la compréhension individuelle du verbe et l’appréhension de l’œuvre.
LE REGARD EN IMAGE
L’art est un savoir faire, une production destinée à susciter une
appréciation esthétique. La photographie est sans nul doute un art, le photographe en est son artisan, l’image son œuvre.
Car si la technique, savoir au service du pouvoir permet l’acte
photographique, c’est bien l’artisan qui choisi cette saisie de l’instant, et la valorise par son travail. L’image devient une représentation métaphorique de ses pensées qui donne à deviner son
monde intérieur.
Le photographe, ce jouisseur d’art photographique, en nous invitant
à voir à travers son regard, se fait créateur d’émotion. L’image est bien plus qu’une esquisse physiologique si exquise soit-elle. Il dessine un sentiment, sculpte un moment, prend les mots au
piège de l’image. Celle-ci devient « vecteur » de voyage vers l’imaginaire.
L’art photographique devient notre boite de Pandore : nous y
trouvons le beau bien sûr, mais aussi le sensible, l’émotion et la réflexion.
INVITATION AU VOYAGE
En accordant une attention sensible et réflexive aux images, l’âme
rêveuse appareille…
Le regard ébauche les fiers contours d’une féminité cristallisée
dans des poses retenues, où les gestes se font pudiques, glissant de l’arrondi d’une épaule à la courbe dessinée par une hanche, dans la sérénité de la contemplation.
Un peau-aîme à écrire, une histoire à inventer…
Un voyage.